Transplant

Une recherche d’Axelle Grégoire

work in progress

«Transplant, histoire de la fabrique du paysage» est, au départ, un carnet de projet, celui de la Vallée de la chimie. Mais, plus que ça, il raconte l’expérience d’une manière alternative de cartographier.

Ce projet de gravure tient, en effet, énormément au contexte de production de ces séries d’estampes. Le projet a commencé en 2014 en parallèle de mon travail à l’agence Base en tant que chef de projet sur le plan guide de la Vallée de la chimie. Ce territoire qui s’étend sur 800ha le long du Rhône au sud de la métropole lyonnaise était le laboratoire d’une réflexion sur une nouvelle manière de faire paysage. Ce territoire a valeur de prototype sur l’articulation entre énergie et écologie, avec la chimie au centre comme modèle de transformation de la matière. L’incertitude quant au devenir des différents sites industriels de la Vallée, l’impossibilité d’y installer un paysage d’agrément et des usages à cause des risques technologiques encourus, le manque de fertilité et la pollution des sols étaient autant de paramètres qui nous imposaient d’abandonner nos reflexes d’aménageurs pour développer d’autres moyens de faire paysage. Ce projet-processus entre opération paysagère de grande envergure et protocole scientifique de traitement des sols était l’occasion d’inventer d’autres modes de conception et de dessin pour ce territoire en mutation.

A force de navigation dans les images aériennes,
zoom-dézoom,
prise dans les automatismes du dessin,
se dessine une géographie imaginaire,
à partir des images stockées,
captures d’écran mémorielles,
ressource-fantôme parfois encombrante.
Pour réintégrer la carte,
graver ce qu’il reste de ce voyage,
confronter des réalités éloignées,
s’intéresser aux interruptions de la matière urbaine,
aux blancs qui ne sont pas des vides
en dessiner les contours pour les révéler.
Porter son regard,
et sa main,
sur les plis du tissu urbanisé,
ou dans les creux du paysage,
et ainsi développer des natures hybrides.
Plonger dans un processus de dessin/relecture,
méthode dynamique de notation
des climats, des sujets, des objets et des phénomènes.
Travailler par couches,
comme si le voyage se faisait entre les différents calques des logiciels de nos outils numériques.
Les motifs paysagers deviennent obsession.
Faire l’expérience de nouveaux gestes,
et les répéter.
Alors une transe,
jusqu’à créer une sédimentation.
Ces gestes se métamorphosent
ils sont matière :
creux, rayures, surface polie, sillons…
Ils sont la grammaire graphique de ces cartes en formation.
Dessiner comme on arpente le territoire,
faire corps,
y laisser une marque.
Tatouage territorial,
fossile d’un passé que nous ne connaitrons pas,
chantier d’un futur invisible.
Mémoire vive de la fabrique des territoires.


A partir de cette première expérience, Transplant a aujourd’hui pour objectif de créer une filière de recyclage d’images. Concours perdus, options abandonnées, anomalies informatiques, déchets d’impressions, références obsédantes, calques de travail constituent un corpus, une matière, une mine dans laquelle puiser.

La plaque comme le sol devient palympseste. Chaque trait est une marque qui fait signe. Il s’agit de passer du trait à l’empreinte pour imprimer des sortes de tatouages territoriaux. Mémoire des projets et territoire-fiction, ces estampes sont les fossiles d’un monde qui ne verra pas le jour. Cette méthode permet de recréer un mémoire vive des processus de projet, pour en quelque sorte « graver » l’histoire secrète de la fabrique du paysage.

 

L’exposition “Sol. Ciel. Horizon.” est un point d’étape dans ce projet de recherche graphique qui explore les modes de fabrication du paysage par le voyage entre différents médias; de la cartographie mémorielle à la conception architecturale et paysagère.

©AxelleGrégoire