Animer le Paysage, sur la piste des Vivants

Exposition Musée de la Chasse et de la Nature, Paris, 2017

photos ©Béatrice Hatala

 

Exposition du 20 Juin au 17 Septembre 2017 au Musée de la Chasse et de la Nature à Paris

Commissariat général : Claude d’Anthenaise et Anne de Malleray, Commissariat scientifique : SPEAP, Programme d’expérimentation en arts et politique (Bruno Latour et Frédérique Aït-Touati), Avec Alexandra Arènes, Thierry Boutonnier, Sylvain Gouraud, Sonia Levy, Baptiste Morizot, Estelle Zhong Mengual

Dossier de presse PDF

 

ARDUENNA SILVA présente l’installation BELVAL KAKOSMOS issu de la collaboration entre Alexandra Arènes et Sonia Levy au cours de l’enquête dans le territoire des Ardennes

Nous avons considéré Belval comme un terrain de recherche propice à la notation des animés (les êtres humains et non humains revendiquant leur appartenance au territoire) : sols, arbres, sangliers, chasseurs, abeilles, pic-vert, rivières, renards, éco-éthologues, agriculteurs, chiens, forestiers… Notre enquête a consisté à détecter et collecter leurs traces et indices. Il a fallu s’équiper pour entreprendre cette collecte, dont le résultat présenté ici n’est qu’un instantané à un moment t de l’enquête. Nous nous sommes alliées aux acteurs du territoire qui travaillent avec la nature, a n qu’ils partagent avec nous leurs outils : caméras pièges, suivis GPS, reconnaissance des traces, etc. Certains éléments nous ont été donnés par ces acteurs, d’autres ont été récoltés ou produits par nous, à partir des entretiens menés avec eux ou des techniques qu’ils utilisent. Capter le monde vivant, collecter les indices, tracer les mouvements, sont des modes d’enquête que nous partageons avec les enquêtés en brouillant volontai- rement les frontières entre leurs méthodes et les nôtres a n d’instaurer un mode de production particulier : les protocoles croisés, c’est-à-dire le croisement des formes de collecte de chacun pour faire émerger progressivement le collectif des êtres qui constituent ce territoire.

 

L’art et l’enquête peuvent-ils nous aider à révéler des territoires à travers les yeux / les outils / les senseurs / les capteurs des animés ?

Entrer dans le kakosmos, tel que le dé nit Bruno Latour (un cosmos chaotique, peuplé d’une multitude de nouveaux êtres à prendre en considération), permet de penser de nouveaux assemblages en replaçant les animés comme principaux agents, ou protagonistes, du récit de l’enquête. Les outils scientifiques per- mettent l’investigation du réel. En les déplaçant légèrement (captation photo- grammétrique, lm issu des caméras pièges, collection de relevés, cartographie des sons et des mouvements) nous avons essayé de modi er les représentations du vivant – de tradition culturelle naturaliste – en compliquant les points de vue, en les superposant, en les imbriquant autrement. Nous avons cherché à rendre compte d’une expérience plus proche de nos vies aux côtés des non humains, plus immersive et plus entremêlée qu’on ne le croit. En effet, sur le terrain, les choses sont di érentes. Le monde des enquêtés se superpose à celui des entités naturelles avec lesquelles ils produisent, apprennent, échangent, et cohabitent. Eux et nous ne sont pas séparés, mais pas non plus confondus. C’est un nous hétérogène, engageant, diplomatique. C’est un nous multi-espèces. C’est un nous qui anime le paysage.