Cherbourg

Rade de Cherbourg, été 2012. Une étrange explosion emporte une partie de la digue. Elle pourrait être liée à la démolition du quartier des Provinces, peu de temps auparavant. Les chantiers de l’Arsenal, où l’on démantèle un sous-marin nucléaire, sont également mis en cause et l’affaire est vite classée « secret défense ». Jusqu’à ce qu’un adolescent prétende qu’un de ses camarades a disparu dans l’explosion.

Thriller qui se déroule dans un univers singulier, aquatique et brumeux, Cherbourg tient en haleine, surprend, remue… C’est le premier roman de Charles Daubas, urbaniste né à Hong Kong en 1981.

” Depuis la mer, on dirait tout juste une ville. Un rivage étendu de maisons blanches qui écarte les bras pour tenter d’attraper ce qu’il peut de l’océan. 

Le corps atrophié, à peine ancré à la terre, Cherbourg convoite l’horizon et la mer de ses deux membres immenses, deux digues de pierre élancées au milieu des flots.

L’une partant de l’ouest de la ville, l’autre de l’est, elles fendent l’eau sur plusieurs kilomètres, comme deux trajectoires perdues. Puis soudain elles obliquent, se dirigent l’une vers l’autre et se rejoignent, quelque part au large, encerclant 1 500 hectares d’eau paisible. 

Assis quelque part au bord, Cherbourg veille sur son immense parcelle volée à la mer. Le bourg contemple cette bulle d’eau gigantesque qu’on dit lui appartenir vu que les harnais de pierre ont échoué entre ses mains. Mais les maisons rassemblées ici sont parcourues des frissons de l’immense créature. Elles sentent les pulsations de cette bête qui semble à tout moment pouvoir se détacher de la côte et emmener avec elle ce morceau de rivage si elle le décidait soudain.

Depuis des siècles, les Cherbourgeois ont regardé en spectateurs cet organisme formidable attirer à lui les rêves de puissance et digérer leurs épaves. La rade s’est ouverte à l’ancien et au nouveau monde, aux Français, aux Anglais, aux coups de canon des sloops nordistes et confédérés, aux U-Boots allemands et aux convois américains. Elle a souri à tous ceux qui souhaitaient régner sur la mer et englouti au passage ce qu’elle pouvait, sans faire de différence.

Mais, chaque fois, l’histoire s’en est allée, laissant la rade à son rivage. Les Américains l’abandonnèrent à leur tour, la rendant aux Français au début d’octobre 1945. Et, sous ce nouveau jour, sans les centaines de bateaux qui naviguaient à sa surface, elle apparut soudain incongrue, comme une grande chose inutile dont on ne savait plus quoi faire. Alors, dans ce quotidien trop étriqué pour elle, la rade s’assoupit en attendant que son heure revienne.

Depuis, elle se berce en écoutant la musique sourde et engourdissante que font ensemble toutes les guerres, les batailles et les rêves de gloire qui en tapissent le fond.”